Le dosage bouillie bordelaise pour 1 litre d’eau dépend directement de la teneur en cuivre du produit utilisé et de la culture à traiter. Les formulations commerciales courantes titrent à 20 % de cuivre métal : sur cette base, les doses pratiques vont de 10 g/L pour les cultures sensibles à 20 g/L pour les arbres fruitiers en traitement d’hiver. Mais ces chiffres ne dispensent pas de lire l’étiquette, qui fait toujours foi sur un produit donné.
Ce que la teneur en cuivre change au calcul du dosage
Toutes les bouillie bordelaises en jardinerie n’ont pas la même concentration. Un produit à 20 % de cuivre métal n’appelle pas la même dose au litre qu’un produit à 15 % ou qu’une préparation liquide concentrée. Travailler avec un dosage trouvé en ligne sans croiser la teneur de son produit, c’est le chemin direct vers un traitement sous-dosé ou un feuillage brûlé.
Le registre E-Phy de l’Anses recense les autorisations de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques. Il permet de vérifier qu’un usage est toujours autorisé sur la culture visée, ce que ne garantit pas une fiche produit datée de plusieurs années : certains usages ont été restreints ou retirés depuis.
Dosage pratique selon la culture au potager
Pour un produit titrant à 20 % de cuivre, les dosages de référence pour 1 litre d’eau sont les suivants :
- Tomates et pommes de terre : 12,5 g/L, à commencer dès l’apparition des conditions favorables au mildiou (chaleur et humidité alternées), sans attendre les premiers symptômes.
- Fraisiers et légumes sensibles : 10 g/L, dose minimale efficace pour des plantes dont le feuillage supporte mal les excès de cuivre.
- Arbres fruitiers en végétation : 12,5 à 15 g/L selon l’état sanitaire, en privilégiant les applications préventives avant les périodes à risque.
- Arbres fruitiers en traitement d’hiver (pêcher pour la cloque, poirier pour la tavelure) : jusqu’à 20 g/L sur bois nu, hors végétation active.
Ces doses s’entendent pour les formulations en poudre ou microgranulés standards. Pour les préparations liquides ou les produits à teneur différente, le calcul s’ajuste proportionnellement – mais la dose de l’étiquette reste la référence légale.

Préparation correcte d’un litre de bouillie bordelaise
La séquence de préparation conditionne l’homogénéité de la suspension. Une bouillie mal mélangée dépose au fond du pulvérisateur et génère des irrégularités de concentration sur les plantes.
Remplir le pulvérisateur à moitié avec de l’eau. Peser la dose exacte (une balance de cuisine suffit pour de petits volumes). Verser la poudre dans l’eau, pas l’inverse, puis agiter jusqu’à dissolution complète. Terminer le remplissage jusqu’à un litre et agiter à nouveau avant chaque passage.
Ne jamais préparer la bouillie à l’avance : la suspension se déstabilise rapidement et son efficacité diminue. Elle s’utilise dans les heures qui suivent la préparation.
Surdosage cuivre : un risque réel pour le sol du potager
Le cuivre ne se dégrade pas dans le sol. Les apports répétés s’accumulent et peuvent affecter la faune du sol et la microbiologie, avec des effets mesurables sur la fertilité à moyen terme. Raisonner l’usage implique de comptabiliser les apports sur la saison, pas seulement la dose par traitement.
En pratique, cela signifie respecter le nombre maximal d’applications indiqué sur l’étiquette (variable selon le produit et la culture), espacer les traitements selon les conditions climatiques réelles, et ne pas traiter à titre préventif systématique sans pression parasitaire identifiée.
La bouillie bordelaise agit en surface, sur les spores avant leur pénétration dans les tissus. Un traitement tardif, après apparition des symptômes de mildiou ou de cloque, n’éradique pas l’infection installée. Augmenter la dose ne compense pas un traitement trop tardif : seul le respect du calendrier préventif est efficace.
Conditions d’application pour éviter les brûlures foliaires
Le cuivre devient phytotoxique si les conditions d’application sont défavorables. Trois situations sont à éviter :
- Traitement en plein soleil ou par forte chaleur (supérieure à 25 °C) : le feuillage humide et chaud concentre le cuivre à l’évaporation et brûle.
- Application avant une pluie prévue dans les deux heures : la bouillie est lessivée avant de former un film protecteur sur les feuilles.
- Pulvérisation par vent soutenu : la dérive réduit la couverture et entraîne des dépôts irréguliers.
Le créneau idéal reste le matin ou le soir, par temps couvert mais sans pluie imminente, à température modérée. La coloration bleue du dépôt sur les feuilles sert d’indicateur visuel : elle confirme que le film protecteur est bien en place.
Lecture de l’étiquette : les mentions qui modifient le dosage
L’étiquette d’un produit homologué mentionne le numéro d’AMM (autorisation de mise sur le marché), les cultures et usages autorisés, la dose par traitement, le nombre maximal d’applications par an et le délai avant récolte. Sur la bouillie bordelaise, le délai avant récolte est généralement de quelques jours – à vérifier sur le produit utilisé, car il varie d’une formulation à l’autre.
Un produit sans numéro d’AMM visible ou avec une étiquette ancienne mérite une vérification sur E-Phy avant emploi. Certaines bouillie bordelaises ont vu leurs autorisations modifiées ces dernières années, et un usage non autorisé expose à une responsabilité en cas de problème.
Le dosage en grammes par litre reste un point de départ utile, mais l’étiquette du produit précis est la seule référence réglementaire valide. Peser la dose plutôt que l’estimer au volume, préparer la suspension dans les règles et respecter les intervalles entre traitements : ces trois pratiques suffisent à éviter la majorité des erreurs au potager.