Category: Le casting

La brève du mercredi #1

Quand on se lance dans le concours du meilleur pâtissier, on ne peut pas savoir qu’il y aura mille façons de le vivre et de le revivre. Le vivre en réel. Puis le re-vivre en silence, pendant les mois qui suivent, étrangement calmes, car le secret est encore de rigueur. Et puis, bientôt, le vivre une troisième fois, intensément, derrière son écran.

La diffusion se rapproche, et j’ai eu envie d’écrire sur cette expérience. Sans doute pour vous donner une deuxième lecture de ce vous allez voir à l’écran.  À l’heure où j’écris, j’ignore encore tout du montage, j’ignore tout de comment va être retranscrite l’aventure que j’ai vécue.

C’est donc pour cela que j’ai eu envie d’écrire, pour que mon expérience vous soit racontée et existe en complément de la télé. Je trouve ça important de donner à lire un autre regard sur ce concours. D’autant plus que vous êtes très nombreux à me demander comment ça se passe, un tournage ? Allez, on embarque !

Et si on commençait par le tout début ?

On est le 15 janvier, je suis en train de poncer les derniers murs de notre maison en travaux, je viens de me séparer de mon associée avec qui j’ai travaillé depuis 4 ans, je ne sais plus vraiment ce que je veux faire. Et puis l’évidence s’impose à moi : je veux juste faire des gâteaux. Je veux rendre des gens heureux avec mes gâteaux. Ça fait des années que je fais de la pâtisserie, et si je me dis que j’ai un bon niveau, je ne sais pas ce qu’il vaut face à d’autres amateurs. Le meilleur pâtissier, je le regarde depuis les débuts. Tous les ans, je reluquais les annonces du casting, mais en m’empêchant d’y aller pour plusieurs raisons : j’étais en train de créer un projet de design culinaire, aux antipodes de l’univers du concours. J’aime les paillettes, j’adore le rose, mais l’univers de la tente avec ses bonbonnières, très peu pour moi. Le second point très inquiétant, c’est que…ça reste de la télé. Le stéréotype des candidats (le jeune branché, le benjamin, le beau gosse, la première de la classe…) me faisait dire qu’avant d’y aller, on ne pouvait pas contrôler à quelle sauce on allait être mangé.

Mais ce 15 janvier-là, je me suis dit que déjà, avant d’y être, sous cette tente, il y avait de la marge, et que franchement, je ne risquais pas grand-chose. J’envoie donc un mail, et j’attends.

Tout ce met en route, on m’appelle, on me pose deux trois questions sur ma pratique de la pâtisserie, et on me donne rdv la semaine d’après, à Boulogne, pour y présenter deux gâteaux : un St honoré, et un gâteau de ma création. Le St Honoré, ça ne me fait pas peur, il suffit de suivre la recette. Hum, hum. Par contre, un gâteau de ma création… On aura l’occasion d’en parler plusieurs fois prochainement, mais je suis très frileuse avec ce terme. Ça veut dire quoi, inventer un gâteau, quand on est comme moi, une petite pâtissière ? Je me lance dans la réalisation d’une tarte très simple : pâte sablée, confit de citron, bavaroise au chocolat et glaçage miroir. Emballé c’est pesé, le soir je pars me coucher, excitée comme une gamine.

Le lendemain, je rigole moins. Le caramel de mes choux s’est ramolli, me voilà à 7 h 00 du matin en train de me brûler les doigts au caramel en rattrapant mon St Honoré comme je peux. Il n’a plus mauvaise mine, c’est donc d’un pas joyeux que je pars vers Paris, avec ma glacière Henri Boucher rouge vif sous le bras. En sortant de la gare, je monte dans un taxi et le chauffeur me regarde avec des yeux comme des soucoupes ; il voit que ma glacière m’a l’air très précieuse, genre « je joue ma viiiiiie, là, démarre !! », et il me demande d’une petite voix « mais… Vous transportez un cœur ? ». J’arrive à Boulogne avec mon cœur sous le bras (vu le niveau de stress dans lequel je me trouve, l’image est parfaite). S’enchaîne une interview filmée, où je me sens comme un lapin pris dans les phares d’une voiture : deux spots énormes sont braqués sur moi, je plisse les yeux à mort car je suis hypersensible à la lumière (ce sera d’ailleurs une de mes pires ennemis sous la tente), et comble du drôle, j’ai un t-shirt neuf dont j’ai mal coupé l’étiquette. Je suis donc quasi sûre d’avoir passé l’entretien en ne cessant de me gratter sous le bras droit et à plisser les yeux comme une myope qui se respecte.

Cela n’a pas eu l’air de les décourager, puisque quelques jours plus tard, on m’appelle pour me dire que je suis sélectionnée pour l’étape suivante, un testing dans une école de cuisine. Là, ça commence à devenir sérieux. Je pars de suite dans une librairie, je m’achète un énorme bouquin de pâtisserie qui reprend tous les basiques, et je me lance dans un marathon de pâtisserie. Je pâtisse tous les jours ; macarons, forêt-noire, Mont-Blanc… Je fais et je refais les gâteaux qui nous seront demandés le jour du testing, et j’essaie de me mettre en conditions extrêmes : je m’impose de pâtisser dans un temps réduit, avec un petit nombre d’ustensiles, de faire la vaisselle au fur et à mesure, et je mets la radio à fond, pressentant qu’une ambiance de casting doit être bien éloignée de l’ambiance quasi monacale dans laquelle je travaille habituellement.

Le jour J, je rejoins les autres candidats d’abord dans un minibus, puis à l’école. Comme une rentrée scolaire, je suis pétrifiée. Je me souviens d’avoir beaucoup parlé lors du trajet ; j’ai bizarrement, lors de ces moments de grand stress, une espèce de volubilité incontrôlable qui se met en marche. Ma grande sœur disait, quand j’étais petite, que je débite en une minute plus de mots que je n’ai de cheveux sur la tête. Et j’ai beaucoup de cheveux. On arrive à l’école, on fait quelques plans d’entrée dans la salle, je repère une nana très belle, brune, les cheveux bouclés, qui semble vraiment, mais alors vraiment à l’aise. Elle me terrifie. C’est ce genre de nana avec un charisme à vous ébouriffer un âne. On sait tous, en la voyant, qu’elle sera prise. Vous l’avez deviné, c’est Gabriella ! Elle vient me parler en me disant « Toi, tu as déjà fait de la télé, non ? NON ? ha bah on dirait trop ! T’es à l’aise de OUF ! ». Dites-vous bien qu’à ce moment-là, je suis plaquée contre un mur, j’ai l’impression que cette nana va me mettre une droite si je ne lui réponds pas « oui, oui ». Je suis LI-QUÉ-FIÉE de panique. Je me dis, « Ho-mon-dieu-mais-pourquoi-je-suis-venue-dans-ce-guet-appens ».

Les 3 heures de pâtisserie commencent, et là je peux re-mobiliser mes esprits et mes compétences. Je me mets dans ma bulle, je suis heureuse de pâtisser et je le montre. Je vois autour de moi un vent de panique, tout le monde courre, tremble et se met dans des états pas possible, alors qu’une heure à peine est passée. Je suis à ce moment-là comme un petit cabri qui va prendre son biberon, je sautille quand mes macarons sortent du four, je vais me ravitailler en farine et en sucre comme si j’allais faire du shopping avec un budget illimité. Je kiffe, je me sens dans mon élément, je me dis « c’est ça que je veux faire, c’est ça que je veux vivre ». Derrière moi il y a Jérôme, un mec tellement adorable. C’est comme Gabriella, au début, il me tétanise. Jérôme, il ne fait pas semblant; des chaussures en cuir sublimes, le pantalon parfait, le pull léopard, la sacoche en cuir assorti, le bronzage im-pé-cca-ble, les cheveux parfaitement en place et qui ne bougeront pas d’un poil pendant ces 3 heures intenses. Une classe naturelle que personne ne peut lui voler. Alors que je sais que mes cheveux sont déjà comme un épouvantail et que j’ai déjà les joues rouge écrevisse. On discute, on partage notre inquiétude que les journalistes ne soient pas encore venus nous voir, alors qu’ils courent après Gabriella depuis une heure.

Je ne m’en inquiète pas plus que ça, car au fond, je sais que je suis en train de faire du bon boulot. Et surtout, surtout, je me sens moi-même. À la fin du casting, je discute un peu plus avec Afi et Jérôme, et ils n’arrêtent pas de me dire « toi, tu vas être prise ». Je suis touchée, car je sens qu’ils ne me disent pas ça pour me faire plaisir, ils ne me connaissent pas. Mais je sens dans leur ton, identique à ma conviction que Gabriella va être prise, qu’ils en sont convaincus. Qu’est ce qu’ils ont vu en moi qui leur fait dire ça ?  Je rentre à ma maison heureuse, vidée, en me disant que quoi qu’il arrive, j’ai fait ce que je devais faire.

Quelques semaines interminables après, je reçois enfin le coup de téléphone incroyable qui m’annonce que je fais partie des 12 candidats sélectionnés.