La brève du mercredi #9

La demi-finale. LA DEMI-FINALE ! LA DE-MI-FI-NA-LE !!

INCROYABLE. Tout juste pas croyable. C’est la demi-finale, on a réussi le pari fou d’y aller ensemble avec Gabriella. C’est ça le bonheur !

Heureuse, je suis, mais angoissée, je le suis encore plus !

Je me mets une pression de dingue dès le début. Trop, beaucoup trop.

On sait, bien entendu, que la première épreuve sera la revisite du Trianon, et je suis décomposée. J’ai cogité toute la soirée, j’ai changé 10 fois de dessert (car pour le coup, nous n’avions eu le thème que quelques jours avant). Je suis perdue. Je veux assurer ma place en finale alors je me dis qu’il faut mettre la barre très haute. Et à la fois, je sais que ce n’est pas une bonne idée, trop de pression, trop de travail, c’est la meilleure solution pour se casser la gueule.

Mais je me dis, que bon dieu, on ne va pas me l’apporter sur un plateau, cette place ! Alors je me lance dans une dinguerie: juste avant de rentrer sous la tente( Gabriella et ma journaliste n’en pouvaient plus je crois, de mes doutes !!!), je me décide enfin pour une mousse au lait de soja. Au début, j’avais porté mon choix sur une mousse au chocolat sur base de pâte à bombe, un succès garantie. Oui, mais voila, pourquoi faire simple et connue quand je peux faire compliqué et inconnu ? Tout ce que Cyril déteste en somme ! La soja ! Déjà, avec l’avoine du cappucino, j’avais cru qu’il allait presque refuser de gouter, alors, là, du soja !

Surtout que je n’ai jamais testé ma recette, mais comme elle provient de l’encyclopédie du chocolat (que la mousse au lait de soja) j’ai confiance. Seulement, le gélifiant est l’agar-agar, et ce dernier déteste être congelé, sous peine de rendre de l’eau. Donc je décide de le remplacer par de la gélatine.

Au moment où Cyril et Mercotte arrivent à mon plan de travail, c’est la pagaille. Ma mousse est faite, et je la trouve bien liquide. Cyril aussi. Quand je leur annonce que c’est au soja, Cyril manque de s’étouffer avec la cuillère dans la bouche. Mercotte se marre, elle, elle adore la nouveauté ! Bon, en plus, ce n’est pas nouveau, c’est Frédéric Bau qui a inventé cette mousse, qui est dans ce fameux livre publié en 2010. Donc, bon, je n’ai rien inventé.

Cyril a un gros doute sur la capacité de cette mousse à figer. Moi aussi. Même si, pour ne pas me laisser envahir par le doute et la panique, je ne montre rien devant le jury.

Je la dépose dans mes moules, je mets les inserts. Je me demande pendant 5 secondes si je ne ferais pas mieux d’en recommencer une, par exemple sur une base de pâte à bombe, je ne sais pas, un truc qui marche à tous les coups, quoi. Non ? Rachou, tu ne veux pas écouter ta petite voix ? Non ? Toujours pas ? Tu es sûre ? Allez, dis ouiiiiiiiiiiiii ! Non ? Bon. Ok.

Allez, on verra bien.

Le reste de l’épreuve se passe bien, je glace mes sphères d’un beau glaçage miroir, et l’autre partie d’un glaçage rocher.

Impécable. Ça a de la gueule.

Contente la Rachou.

Ça ne va pas durer.

Viens le moment des travellings. Une torture ce moment. Je vous explique. Les plans à la télé, où vous nous voyez en train de regarder en chien de faïence nos gâteaux posés dans le coin du plan de travail, ben voilà, c’est un travelling. À la télé ça dure 2 secondes, à peine. En vrai, c’est 20 bonnes minutes. D’abord, ils filment le gâteau tout seul. Ensuite le gateau+nous, mais en gros plan sur le gâteau. Puis après, le gateau+nous, mais gros plan sur notre visage. Puis après, gros plan du gâteau et de nous. Youpi.

Alors, en plus, il ne faut pas bouger. Mais genre pas du tout. Sourire, mais pas trop. Ne pas bouger. Mais y’a une guêpe sur ma main, bordel ! NE BOUGE PAS !

En plus la luminosité sous la tente est très forte, et moi, en tant que bonne myope (genre taupe qui n’a pas vu la lumière depuis 10 ans), je suis très sensible à la lumière. Donc j’avais toujours envie de plisser les yeux, ou de les fermer. D’où, je vous le donne dans le mille, ma tête toujours un peu bizarre et crispée sur les photos. Je n’arrivais jamais à me détendre, puisque je devais plisser les yeux en permanence pour réduire la luminosité.

Ha je vous jure, sur un tournage, il y en a plein des petites choses comme cela, qui vous ralentissent ou qui nous fatiguent.

bref, j’étais en train de vous parler des travellings qui durent longtemps. Qu’il fait chaud. Très chaud.

Donc pour cette demi-finale, je sors mes entremets du frigo, ils sont beaux !

Je les pose sur le rebords de mon plan de travail, je m’installe, je fais bien la statue sur mon tabouret. Mais au bout de 10 minutes, un mouvement sur mes gâteaux m’interpelle.

Sous l’effet de la chaleur, la mousse fond et le glaçage se déchire et tombe sur les côtés.

L’angoisse totale.

Je comprends que ma mousse est en train de décongeler et que sans aucun doute, j’ai, soit loupé la réalisation de la recette, soit je me suis trompée dans la dose de gélatine. Que la mousse va fondre et tout emporter avec elle. La crise de larme n’est pas loin, et même, elle ne se gêne pas pour couler à flot.

Je suis comme dans un cauchemar. Je me maudis d’avoir pris autant de risques en demi-finale.

Je suis en train de m’imaginer quitter le concours, à la porte de la finale. Impossible. Pas possible.

Pourtant, à la dégustation, en toute logique, ça ne marche pas.

Je prends mon tout premier flop. LE PREMIER FLOP. En demi-finale. Au moment où il ne faut pas le pendre, BIM, c’est pour moi et c’est largement mérité.

Gabriella me remonte le moral, me dit plein de mots gentils pour me rebooster. Mais c’est difficile, car la suite de la demi-fnale est jalonnée d’inconnus, plus que les autres semaines. On sait que l’épreuve  créative sera la sphère en chocolat, et on l’appréhende tout très fort. Car le chocolat, c’est très technique et délicat et en plus de ça, il fait une chaleur de dingue.

L’artichaut de MercotteQuand j’arrive sous la tente, je suis un peu paumée. J’ai le coeur un peu lourd, comme après un chagrin d’amour. Je ne sais pas comment organiser ma pensée.

Et puis à un moment, pendant l’attente du début de l’épreuve (souvent le moment le plus stressant des épreuves), j’y vois clair. Je dois finir première de cette épreuve.

C’est comme ça, je me souviens très précisément ce que je ressens à ce moment-là. Venu de très loin, un sentiment profond de concentration, de détermination et des visières autour de moi. Que dis-je, des parois de verre.

Je comprends très vite ce que Mercotte attends de nous et un sentiment très étrange de connaitre la recette me poursuit. Encore aujourd’hui, je suis sûre d’avoir déjà entendu parler de cette recette, mais je ne sais pas où. Pendant l’épreuve, je suis à la fois dans un grand calme intérieur et à la fois une efficacité redoutable. Mais la chaleur est notre pire ennemi. À peine sortie du froid, les pétales d’artichaut fondent, impossible de les attraper, ni de les fixer dans la crème au beurre. La prod nous fait venir des bombes de froid, seule solution pour fixer une bonne fois pour tous les pétales dans la structure.

Quand je monte les couches de génoise avec la crème, mon journaliste se marre en me disant qu’on dirait juste un gros burger. Je regarde ce que je suis en train de faire, et en effet, pour le moment, on est loin de l’artichaut, mais je vois comment je vais faire par la suite. J’essaie de peaufiner tous les détails. Je sens mon moral qui chute de manière vertigineuse avant la fin de l’épreuve. Je doute. Et si je ne finis pas première de l’épreuve ?

Bref, l’épreuve se finit, et tout lâche en moi. Je sors de la tente, et ce sont des flots de larmes. L’angoisse totale. Je pense aux quelques amies et personnes qui savent que je fais ce concours et qui m’ont quasi toutes dit « mais c’est sur tu vas gagner ! « avant même que le concours commence. Ma volonté de ne pas les décevoir est si forte que je me mets une trop grande pression. Sans doute, parmi vous, qui me lisez, vous savez ce qu’est la pression de ne pas décevoir les autres, plus que de ne pas se décevoir soi-même.

A ce moment-là, ma Gabriella me console comme elle peut, ne sachant même pas pourquoi je pleure. Elle me dit, avec Sabri, le régisseur, « mais regarde ton artichaut, il est magnifique ! C’est le plus beau ! Le mien, on dirait une laitue ! ».

Je relève la tête, je rigole au milieu de mes larmes, et je vois mon artichaut, et qu’en effet, en fait, il a plutôt une belle gueule.

La dégustation confirmera aussi par le gout, je finis…première.

Comme quoi, tout est dans la tête !

L’épreuve créative

Pour cette épreuve, ça a été un vrai casse tête. Les conditions de l’épreuve telles qu’elles nous ont été annoncées: faire une sphère de 40 Cm de diamètre, en chocolat, et que la partie inférieure soit rempli d’un entremets. Donc, comme la plupart, et comme la production nous l’indique, on se lance dans des quantités astronomiques de préparation pour pouvoir remplir cette sphère.

40 cm, sur une règle, ça parait petit, mais une sphère de 40 cm, c’est grand !

J’ai en tête l’idée d’une boite à musique que l’on ouvre, qui fait vraiment de la musique, et avec des danseuses à l’intérieur. Un biscuit moelleux, un biscuit sablé à la cassonade, une mousse à la verveine, et des fraises fraîches. Et un confit de fraises aussi je crois.

Trop de boulot…Encore une fois !

Quand le dieu vivant du chocolat, Frédéric Bau vient à mon plan de travail pour la deuxième fois je lui dis « j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle : la bonne, c’est que mes sphères sont impeccables et se démoulent toutes seules (signe d’un bon tempérage). La mauvaise ? Il reste une heure, et je n’ai pas de gâteau. »

C’est le chantier sur mon plan de travail, autour, partout. Le chantier dans ma tête, j’ai du mal à reprendre une organisation correcte. Impossible de ranger, et de faire le vide autour, j’ai l’impression que je perdrais trop de temps. Il m’en reste si peu !

Je finis par monter mon gâteau, à la va-vite, en sortant les rames. Toujours pareil, c’est dans la tête que ça se joue. Je ne veux pas lâcher.

Et vous savez, pendant des années, j’ai cru que le montage faisait bien les choses quand on voyait les candidats poser des éléments dans l’assiette ou sur leur gâteau pendant le décompte de la fin. Sur cette épreuve, je l’ai vraiment vécu. Julia comptais « 10, 9,8,7…. » et à chaque seconde qu’elle égrainait, je posais une perle sur le dessus de ma sphère. C’est comme cela que j’ai fini cette épreuve, à dix secondes près. Je peux vous dire que quand on est à labour, les moindres secondes comptent ! C’est d’ailleurs une des épreuves où j’ai le moins bien vécu la présence des caméras: je devais aller chercher de la verveine pour ma mousse, sur la terrasse de la tente. J’y vais une première fois, mon caméraman me suit. Je fais infuser ma crème, je m’aperçois que ça n’a pas assez de goût, je retrouve en chercher une deuxième fois, en courant, et sans prévenir mon cameraman, qui du coup me passe un savon car il n’a pas eu les images. Moi je ne comprends pas, car je me dis qu’il a les images de la première fois. Oui, mais c’est comme ça, sur un tournage, TOUT doit être filmé. Je dois donc y retourner pour faire semblant de cueillir de la verveine. Je vous jure, sur une preuve où vous êtes déjà en retard, allez faire semblant de cueillir de la verveine, ça vous met dans les états de nerfs de dingue.

En plus cinq minutes après je goûte encore ma crème, et je me dis, y’a pas à tortiller, je dois y retourner, il me manque encore de la verveine (j’en prenais une dizaine de feuilles à chaque fois !). Bref, j’ai regretté de ne pas avoir désingué le plan dès le début, cette verveine m’a rendu dingue !

J’arrive à peu près à terminer tout cela dans les temps et à préparer ma petite surprise !

Au moment de la dégustation, j’invite le jury, avant toute prise de parole, à appuyer sur le bouton du petit boitier. La musique retentit, Cyril lève la coque en chocolat du dessus, et j’ai juste envie de chialer tout ce que je peux. L’émotion est palpable dans toute la tente. Un moment suspendu.

La planète-surprise de Rache

À la dégustation, c’est un bon gâteau mais rien d’exceptionnel.

Et puis viens le moment incroyable où je comprends que je vais en finale. Quel bonheur !!! Et Gabriella aussi !!!!

On a envie de danser, de hurler notre joie !!!

On est en finale ! Un rêve se réalise et devient réel !

5 Comments

  1. Bonsoir Rachel et félicitation pour cette victoire bien méritée ! Je suis ton blog depuis la seconde émission et c’est toujours un plaisir de lire tes articles rédigés avec légèreté et sincérité ! Aussi je voulais te félicité d’avoir proposé des produits ( lait de soja ou avoine ) souvent trop méconnus auprès du grand public !
    Enfin quel est la marque de ce sublime T shirt ??? 🙂
    J’ai hâte de continuer de suivre ton parcours et de découvrir de nouvelles recette !!!

    • Bonjour Agathe ! merci de ton message ! le t-shirt venait de chez Stradivarius ! Je l’adore aussi !

  2. Bonjour Rachel!
    Un bonheur de te lire, un bonheur de plonger dans ton petit monde 🙂
    Ça fait un moment que je regarde le meilleur pâtissier, mais cette année j’ai décidé de m’y mettre moi aussi! Je sais que ça va être un travail de longue haleine, si tu te sens inspirer je serais ravie de lire un article sur tes débuts! Par quoi as tu commencé? À quel âge ? En autodidacte ? Tu as pris des cours ? Tu as des conseils pour bien choisir ses recettes au début ?
    Je suis trop impressionée par ce que tu fais, toujours si délicat et empreint d’une sensibilité touchante, continue 👏🏼

    • bonjour ! Je prévois en effet de vous écrire un article sur mes débuts, comment je m’entraine, quel livres m’ont aidés…etc..
      Article prévu pour le mois d’avril !

  3. Bravo Rachel, j’ai eu des sueurs froides pour toi et j’ai été super content quand tu t’es rattrapée sur l’artichaut!

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