La brève du Mercredi #8

Au moment de commencer le tournage de cette émission, je me rends compte du chemin parcouru. Nous ne somme plus que cinq sous la tente.Tout d’un coup, cela fait un grand vide, et je prends conscience que j’ai fait le plus long et sans doute le plus dur du chemin.

Enfin, ça c’est ce que je crois.

On commence la semaine avec l’épreuve du calisson, une épreuve aussi compliquée à concevoir que celle du capuccino.

Je ne suis pas une pro des entremets comme Clément, mais je me lance. Je fais un biscuit pain de gênes, une préparation comme la pâte des calissons, un confit de melon, et une mousse à la crème d’amande. Et un glaçage miroir. Et une glace royale. Rien que ça !

Je suis assez confiante sur ma recette, quand je l’avais faite à la maison, j’avais bien aimé.

Je n’ai pas grand-chose à raconter sur le contenu de l’épreuve en elle-même, sauf que je galère avec mon glaçage, parce que je m’étais mis en tête de ne pas en mettre au milieu (car il y aurait la glace royale par-dessus), et au final, je fais plus de dégâts qu’autre chose. Ma glace royale est moche, et en plus elle se casse. Géniaaaaaal.

À la fin de l’épreuve je suis très déçue de moi, j’espère que le goût va me sortir de ce pétrin.

Et…ben nooon !

À la découpe, je vois tout de suite qu’il va y avoir un problème: il y a trop de mousse, et Cyril et Mercotte me le disent. Ils pestent, car le fond de l’entremets est très bon. Mais trop, trop de mousse. Ce n’est pas un gros loupé, mais je commence à me sentir un peu mal.

Je suis trop fière du dessert qu’a fait Gabriella. C’est nickel au dressage, et même si Cyril se moque un peu de la forme qui n’a pas de référence connue (et oui, en pâtisserie comme ailleurs, tout le monde aime bien s’appuyer sur des référents connus et qui rassurent), notre ovni de Gabriella, elle s’attaque à la pâtisserie avec une fraîcheur que j’adore.

Elle marque un gros point avec son dessert, et je suis trop contente pour elle.

L’épreuve de Mercotte me donne un coup d’énergie: en lisant la recette, je comprends qu’on a affaire à un gâteau pâtissier, coooool ! Car je doit avouer, je commence à en avoir un peu marre des épreuves de cochon en brioche, doigts de sorcière et autres Cannoli. J’aime la pâtisserie, j’aime les défis. J’aime construire un gâteau, et je sens que sur cette épreuve, il va falloir se bouger le popotin.

C’est parti ! Meringue au chocolat, mousse au chocolat, et le top du top, copeaux de chocolat.

Alors comme je disais à Julia une fois, à la maison, je sais faire beaucoup de chose, mais sous la tente, ce n’est pas le même deal.

Vu le nom, Concorde, du gâteau et son créateur (Gaston Lenôtre), j’arrive à visualiser qu’elle tête il doit avoir, notre gâteau. C’est ça que j’ai a-do-ré dans les épreuves de Mercotte: comme on avance à tâtons et souvent à l’aveugle, on ne peut se fier qu’à la recette, mais surtout qu’à notre instinct pâtissier, et même parfois à une connaissance historique. Je pense à la feuille d’Automne de Gaston Lenôtre, et j’en déduis que les copeaux doivent être généreux et beaux. Pas des copeaux fins et courts, mais de beaux rouleaux. Pendant toute l’épreuve je pense à ce que je connais de Gaston Lenôtre, et je me dit que c’était pas du genre à faire des petits copeaux riquiquis, car le mec, il s’est quand même cassé le cerveau pour inventer une feuille de chocolat ondulée. Qu’est ce que j’ai aimé cette épreuve ! Le travail du chocolat est merveilleux, quand ça marche. J’ai eu la chance d’y arriver, et quand j’ai vu mes beaux copeaux se former, ce fut une intense satisfaction. C’est aussi dans ces moments où je me rends compte combien je retiens en regardant. J’avais vu des dizaines de fois des vidéos sur youtube sur comment faire des copeaux sur un marbre. Je n’en avais jamais fait, mais j’avais retenu le geste et quelques détails importants.

Pas le temps de regarder ce que font les copains, j’essaye juste d’être la plus précise possible. J’ai appris sous cette tente le fait d’aller jusqu’au bout de ses idées. Si chez moi je suis exigeante, je me laisse parfois aller à quelques décontractions. Sous la tente, quand on n’est plus que cinq et que l’on comprend qu’à partir de maintenant ça va se jouer à des détails, on balance la sauce ! Il n’y a que ça à faire !

Et puis je ne pers pas de vue le chemin parcouru, et la demi-finale si proche.

Je me place première sur cette épreuve, je suis rassurée de pouvoir aborder l’épreuve de demain un peu plus détendue.

Le trompe-oeil français.

Ce sujet, quel casse-tête ! Au début j’envisage de faire un plateau de fromages, mais je n’arrive pas à imaginer la réalisation, ni les goûts, et surtout, je trouve que ça ne me correspond pas. Je cherche, et puis d’un coup, je pense à Claude Monet, un de mes peintres fétiches. Je suis capable de m’émerveiller devant ses tableaux, et cela me semble toujours être des secondes suspendues. Ça peut paraitre un peu cul-cul dit comme ça, et sans doute qu’à la télé mon choix fera bien intello, mais j’assume totalement. Quand à la réalisation, c’est une autre paire de manches.

Je commence par faire mon entremets, je me suis mis comme contrainte qu’à la découpe les couleurs de l’intérieur correspondent à celles de l’extérieur. Je choisi donc la myrtille, pour la teinte mauve qu’elle va donner à l’ensemble. Bien entendu, comme à mon habitude, sois je me suis surestimée dans mon efficacité, sois je sous estime la vitesse à laquelle passe le temps, mais je me lance dans un entremets avec pas moins de 5 préparations….

Mon entremets part dans les temps au congélateur, je m’attaque aux mille nuances de vert, bleu, beige, blanc, rose dont je vais avoir besoin. Je me lance aussi dans les pétales de mes nénuphars. J’ai prévu de les mouler sur des petites cuillères en plastique. Le problème c’est que le chocolat n’a pas le temps de cristalliser, et ne se décolle pas.  Je décide de gérer ce problème en second lieu, car j’en ai un autre, de gros problème: il me reste si peu de temps, et je n’ai pas fini de recouvrir mon gâteau de toutes les couleurs. Me reviennent des sensations très désagréables comme lors de l’épreuve de l’Italie, comme la peur de ne jamais finir, de rendre un gâteau loupé et de n’être pas allé au bout de mon idée. Je tartine mon gâteau, je fais l’impasse sur la finesse des nuances du début, tant pis, c’est l’heure de faire des choix et d’avancer vitesse maxi.

Mon gâteau est quasi recouvert, et je me souviens alors que j’ai mon autre problème non résolu: les pétales de nénuphars qui ne se décollent pas ! J’essaie, mais sans succès. Je tape du poing dans le congélateur, de rage. Mes pétales se cassent, les petites cuillères aussi. Je gueule des « putain » et des « merde » à tout va, le temps file, et les 15 dernières minutes de cette épreuve se transforment en cauchemar.

Dans un élan de « je vais sauver ma peau », je cours chercher une plaque ondulée, de la feuille guitare, je coupe des bandes, j’étale le chocolat en pétales dessus, et bim, au frais, ça cristallise, je décolle, je les jettent sur le gâteau. Gabrielle, ho ma Gaby, vient m’aider à finir sur le fil. Je la serre fort dans mes bras, d’être venue m’aider. Car je sais que ça fait une heure qu’elle doit m’entendre peiner, et je me souviens qu’elle m’a lancé un « dès que j’ai fini, j’arrive ! ». mais je me disais, « ne ralentis pas la cadence, si elle ne finit pas en avance, elle ne pourra pas t’aider, ne compte que sur toi ». Finalement, ce jour-là, le karma m’a bien rendu la pareille. On ne le voit pas du tout à la télé, mais l’entraide est courante sous la tente entre nous, et je n’ai jamais boudé mon plaisir d’aller aider les autres quand j’en avais le temps. Il y a eu une paire de fois où je suis allé aider des candidats, et même si je suis compétitrice, cela n’enlève en rien la possibilité d’aller aider les autres. Ce n’est pas ça qui vous rendra moins bon. Souvent, les dès sont jetés bien avant la dernière demi-heure de l’épreuve. Alors aider votre copain lui permet seulement de présenter un dessert plus abouti, mais ne mettra pas votre place en danger.

Je présente mon gâteau avec un sentiment mitigé. Je suis allée au bout, mais je suis déçue de n’avoir pas réussi à finir dans les petits détails.

Le jury est quand même convaincu du visuel, parce qu’il s’aperçoit du boulot mis en oeuvre, et constate que j’ai su mettre en pratique mon idée. Car quand ils sont passés à mon plan de travail, ils avaient trouvé l’idée géniale, mais se demandaient franchement comment j’allais m’y prendre ! C’est vrai ça, un tableau impressionniste en gâteau, on a rarement vu ça !

C’est banco pour cette épreuve…et c’est comme cela que je vais en demi-finale !

Vous vous rendez compte ! La demi-finale ! C’est très très étrange cette sensation de commencer à caresser un rêve qui quelques semaines avant vous paraissait très très loin. Je me revois en train de m’entraîner chez moi en rêvant de la finale. Puis je repense à la catastrophe de la toute première épreuve de la tarte aux citrons. Je repense à mes crises de larmes face à mon désarroi de tant me décevoir moi-même.

Et aujourd’hui, les portes de la demi-finale qui souvrent.

Le gâteau trompe l’oeil “Made in France” de Rachel

C’est DINGUEEEEEEEE !!!

Et surtout, bonheur ultime, je donne mon tablier bleu à Gabriella. C’est autant de joie que la fois où je l’ai donné à Clément. C’est une belle revanche ! Je suis profondément heureuse. C’est un beau tablier d’encouragements, et je suis juste déçue aujourd’hui de ne pas avoir eu le courage de faire ce que l’on s’était dit. On avait prévu que si elle avait le tablier bleu, on ferait une cérémonie d’adoubement. Genre, au nom de Cyril, de Mercotte et la tente, je te sacre Tablier Bleu de la semaine.

Nous n’avons pas osé, mais je rigole encore de toutes les débilités qu’on pouvait se dire, toutes les deux !

Et cette semaine, je tiens à faire une spéciale dédicace à Clément qui s’en va, malgré son amour des boules (de pétanque !) 😉 Clément, c’est sans doute la personne qui nous a fait le plus rire, et qui nous fait encore tellement rire aujourd’hui. Je sais qu’il a retroussé bien haut ses manches lors de ce concours et je vous invite à aller voir son blog, une petite merveille de technique !

Et n’oublions pas aussi le plateau de fromages juste incroyable de Jonathan, juste bluffant de réalisme…En le voyant, je me suis dit, heureusement que je ne me suis pas lancée là-dedans, je n’aurai jamais fait aussi beau et bon ! Congrat’ Jon !

2 Comments

  1. Nous étions super heureuses hier soir et le tableau de monet nous a comblées! J’ai envoyé un msg à Clément pour également le féliciter.
    A bientôt pour l’aventure de la demi-finale. Bises de nous 2

  2. Bravo Rachel j’aime beaucoup ce que tu fais ainsi que ton attitude positive!

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