La brève du mercredi #7

Après les émotions de la semaine dernière, on rentre dans une nouvelle semaine.

Nous savons que nous allons commencer par la revisite de la tarte aux fraises, et j’ai réfléchie jusque tard dans la nuit pour trouver l’équilibre idéal de ma recette.

Souvent l’inspiration (un bien grand mot) de mes desserts arrive avec une envie de couleurs, de formes, d’une tendance, et ensuite je viens y apposer des goûts. C’est l’antithèse de ce qu’il faut faire, car c’est le meilleur moyen de se retrouver avec un dessert dont le visuel ne raconte rien sur le goût, ou pire, des textures qui ne sont pas adaptées car elles ont étés choisis pour leur capacités à répondre à la demande de la forme….mais pas de répondre à l’idée du goût !

Dans la recette que j’avais prévu initialement, quelque chose me chiffonne, et je n’arrive pas à savoir ce que c’est. Je reprends tout à zéro, mais en partant des goûts. La forme me viendra tard dans la soirée, et le lendemain, je prie très fort pour trouver les moules dont j’ai besoin sous la tente. La prod me fait les gros yeux d’avoir changé au dernier moment, mais tant pis. Je suis venu faire un concours, et chacun doit/peut évoluer au fur et à mesure.

L’épreuve commence, et j’avance dans les préparations. Sablé noisettes, fraises marinées à l’huile d’olive et vanille, crème chiboust à l’huile d’olive, gelée de fraise, fraises entières, et chocolat tempéré et décoré de tâches rouges.

Quand j’annonce tout cela à Cyril et Mercotte, ils secouent la tête d’un air à la fois admiratif et à la fois dubitatif…tout cela en deux heures ? Mais ça va pas la tête ou quoi ?

Non, ça va pas du tout, mais comme je commence à vivre vraiment l’aventure et son tempo, je suis confiante. Je me suis habitué à la fatigue, mon chronomètre intérieur marche très bien. J’ai pris l’habitude d’avoir dans ma tête un véritable planning dans lequel les taches se superposent et se chevauchent comme des dizaines de tiroirs. Je sais exactement combien de temps je vais mettre pour chaque préparation, le temps de cuisson et ce que j’ai donc le temps de faire pendant que c’est au four. Cela peut donner par exemple: faire la pâte sablée. La lancer en cuisson. Pendant ce temps, couper les fraises, les mettre mariner, lancer la crème pâtissière. Sortir le sablé. Laisser refroidir. Finir la crème diplomate. Commencer à tempérer le chocolat. Couper les fraises. Faire le montage. Pendant que ça prends, faire la gelée de fraise. Faire le décor en chocolat.

L’épreuve se passe bien, je n’ai pas de loupé. C’est déjà une belle victoire, de passer une épreuve sans avoir à recommencer une préparation. Le visuel me plait, mais j’ai un énorme doute sur le goût. J’ai très peur de l’amertume de l’huile d’olive. Bien sur, j’ai gouté mes préparations, une à une, mais je ne sais pas si tout cela réunie nous donnera un bon résultat. J’essaie de me faire confiance, et je coupe la poire en deux: je récupère un peu de ma crème j’y ajoute beaucoup d’huile d’olive, et je la dilue peu à peu dans le reste. 

À la dégustation, ce sera un top. J’en suis toute émue et touchée, et très étonnée par ce que je me souviens qu’à la fin de l’épreuve, je ne voyais que les potentiels défauts: le risque de trop/pas assez d’huile d’olive, que les fraises imbibent le biscuit…. Mais se sera la troisième semaine d’affilée où je me classe dans le top de la revisite. Je sens que je prends confiance et que je comprends de mieux en mieux ce que l’on attends de moi.

L’épreuve de Mercotte nous laisse tous un peu dubitatif. Des brioches cuitent à la vapeur ?

De prime abord, la recette n’est pas très claire. Je comprends qu’il faut faire une pâte à brioche mais plus proche d’un pâte à pain, et une espèce de garniture avec pleins d’oeufs. Personne ne comprends rien, la production nous informe qu’il y a une erreur dans la recette, essaie de nous donner à chacun les bonnes proportions mais on y comprends tellement rien que l’épreuve est arrêté au bout de 20 min, tout ce que l’on a fait part à la poubelle, on nous imprime la recette sans fautes, et on recommence tout.

On ne comprends pas plus ce que c’est que ce dessert vraiment trop bizarre auquel on doit faire un décor de tête de cochon. Cela me semble bien éloigné de la pâtisserie. Néanmoins, je commence à comprendre que les épreuves de Mercotte ne sont jamais de vrais pièges, alors je m’amuse beaucoup en faisant cette épreuve. 

L’épreuve se passe sans trop d’encombres, je me pose juste la question de la cuisson à la vapeur. Je lance la cuisson, avec un peu d’avance,je me dis que se sera l’idéal pour vérifier que se soit bien cuit et avoir le temps !

Les brioches ont énormément gonflées et ne ressemblent plus vraiment aux mignons cochons du début !

À la dégustation à l’aveugle, je termine deuxième, je peux continuer sur la bonne lancée, malgré un fort gout de levure dans ma pâte, ce qu’aujourd’hui je ne peux qu’expliquer par une erreur de pesée ! Et on ne peut rien cacher au palais de Cyril et Mercotte !

L’épreuve créative avec les enfants, que nous redoutons tous un peu, nous réserve de belles parties de rigolades. 48h avant le jour de l’épreuve, nous avons tiré au sort l’enfant et son gâteau, pour avoir le temps de penser à nos recettes.

Le hasard me fait piocher Margot et son chausson de danse. Elle m’indique en bas de son dessin qu’elle souhaite des gouts de fruits rouges et de la meringue, que son chausson soit creux et qu’il contienne de la meringue. La production, quant à elle, nous impose de faire un gâteau pour 15 personnes.

Le chausson de danse va donc être assez imposant !

Je me décide pour une ganache fruits rouges, chocolat blanc et vanille, pour retrouver des gouts très enfantin, une génoise vanille et plein de fruits frais.

Pour la meringue, je me dit que je lui ferais bien des petits chaussons de danse à côté.

Le jour J, je rencontre mon adorable Margot, son air malicieux et angélique.

Nous avons droit, avant que l’épreuve ne commence, à un temps de discussion avec l’enfant pour qui on pâtisse, histoire d’être bien sur que nous sommes sur la même longueur d’onde. Et là…Ma petite Margot m’apprend que bien sur, son chausson devrait tenir …Debout ! Et devrait être, comme elle l’a indiqué, creusé et recouvert de meringue.

Aie, Aie….Pour le côté debout, je me dit que je vais me débrouiller. Par contre, je lui explique que je ne peux pas le creuser comme un vrai chausson, et que je ne peux pas le recouvrir entièrement de meringue crue. Ha oui, parce qu’en discutant avec Margot, je m’aperçois qu’elle ne veut pas de meringue cuite, mais crue !

Je mets toute ma force de persuasion pour lui faire comprendre que ce n’est pas possible: la meringue crue, c’est bon, mais sur une tarte au citron ! Et que cela risque de donner un résultat très brouillon. Pour le chausson creusé, c’est pareil, je tente de lui expliquer que ça ne pourra pas tenir !

Margot, elle est douce et très conciliante, comme une enfant ! Elle de me dit « tu fais comme tu veux, mais je veux de la meringue et qu’il soit creusé ! ». Okkkkkkkk Margot !

Dans ma tête je vais la liste des contraintes : un gâteau pour 15 personnes (donc très gros), qui doit tenir début en ayant une forme de chausson de danse creusé, décoré de meringue crue, qui doit être bon et beau ».

ok….Si je respecte toutes ces directives, je vais droit à la catastrophe. J’arrive à convaincre Margot d’oublier cette histoire de meringue crue (ouuuuuuuuf) et pour le reste, il va falloir être maligne.

Comme un chausson de danse, c’est étroit et haut, je ne vois pas comment ça peut tenir debout, surtout pour un aussi grand nombres de parts.

Rachel

Je coupe la poire en deux, je décide de faire non pas un chausson mais deux. Un couché, pour être sure d’avoir la bonne proportion entre la génoise, la ganache et les fruits frais, et un debout, pour que ma petite Margot en ai plein les yeux. J’ai conscience que je double ma quantité de travail, mais là, il n’y a pas trop trop d’alternative si je veux répondre aux exigences de Margot, et du jury ! Ou sinon, j’aurai du en faire un seul, pointure 52 et couché.

Surtout que ce jour là, c’est Nina Metayer qui est invitée, et je suis touche chose de la rencontrer sous la tente. Elle fait partie des chef que j’admire très fort, et elle se révèlera d’être d’une gentillesse infinie.

Cyril et Mercotte passe à mon plan de travail, je suis dans le jus total. J’ai du recommencer une génoise car la première que j’ai faite à attendu trop longtemps avant d’être enfournée, car mon caméraman était occupé avec un autre candidat. C’est l’attente qui ne pardonne pas, car on sait que les préparations comme les génoises, biscuits cuillère, joconde etc….Doivent être enfournées de suite !

Pour la décor des gâteaux, je me lance dans la pâte à sucre. Ce n’est carrément pas mon fort, mais pendant toute l’épreuve, je pense fort à ma petite Margot et je ne souhaite rien de plus que lui faire plaisir. Je galère à mort, je trouve le résultat grossier, ça ne me fait pas rêver !

Mais de toutes les épreuves, celle-ci restera un de mes plus beaux souvenirs, car je ne pâtisse plus pour me dépasser moi-même, ni pour le tablier bleu, mais juste pour les beaux yeux de cet enfant qui me regarde avec beaucoup de confiance. C’est donc vraiment dans la joie et la simplicité que je finie ce gâteau, que je peaufine les détails, comme je peux car, vraiment, la pâte à sucre, c’est pas mon kiff et je vois bien que mes meringues ont plus une forme coquine que de chaussons ! Je sais que mon gâteau sera un peu éloigné du visuel, mais encore aujourd’hui, je ne vois pas comment on peut faire un chausson de danse pour 15 personnes, et qui tienne debout. Si, la seule solution serait de faire beaucoup de génoise que l’on empile en la faisant tenir avec une ganache toute simple et un peu compacte. Donc d’un point de vue gustatif, moyen moyen, voir juste inintéressant.

La dégustation arrive, et tout le monde semble enchanté. je suis toute heureuse d’entendre Margot me dire « si j’avais une note à donner, je donnerai 1000/1000. » Quel bonheur ! Les enfants sont émerveillés d’un rien ! Ou, surtout, je pense que ce jour là, ils ont surtout été touchés de voir l’énergie et la volonté que nous avions tous mis à réaliser leur rêves ! Au passage j’embrasse le papa de Margot, présent ce jour-là, et qui m’a beaucoup remercié et encouragé. Merci !

Et un grand merci à Nina Metayer pour sa présence, cette femme est un condensé de délicatesse, de technicité et de volonté. Alors quand elle trouve mon gâteau bon, je suis touchée en plein coeur (ou en plein estomac !). Les chef(e)s invités ne s’encombrent pas de vous épargner et disent franchement ce qu’ils pensent. Ce sont très souvent des gens de renommée, ils n’ont pas intérêt de venir faire les guignols et faire semblant derrière un écran. Ils sont sincères et très francs, et c’est un honneur de recevoir leur critiques, bonnes ou mauvaises.

Cette semaine là, je récupère le tablier bleu, et au moment ou je l’enfile, Julia me pose une drôle de question « Rachel, tu as le tablier bleu, cela te semble juste ? ».

Étonnée, je ne comprends pas le sens sa question, et je me contente d’un simple « je suppose ».

La grande difficulté de ce concours, c’est d’être soi-même en sachant que l’on va être exposé aux critiques.

Et vous savez ce qui dérange le plus les gens, en France ? Avoir envie de réussir, de le dire, l’assumer et se donner le moyens de le faire. Alors quand Julia me demande est-ce que c’est mérité, j’ai juste envie de lui dire : ce n’est pas mon boulot de dire si oui ou non je le mérite, c’est le jury qui décide de ça, mais je suppose, oui, je suppose que c’est mérité.

C’est très étrange le doute que cela à insufflé en moi. Cette question anodine était un vrai piège sans le vouloir. Si je répondais « bien sur, évidement que je le mérite », je serais perçue comme une prétentieuse qui s’assume. Si je répondais « non, pas sûre, Jon aurait du l’avoir », je disqualifiais ma légitimité à l’avoir, ce putain de tablier bleu !

Alors j’ai passé ma soirée à me demander, que voulait-elle dire, la production en me demandant cela ? Peut être que je l’ai vraiment volé, ce tablier bleu ? Peut-être que je ne suis pas légitime à l’avoir ? Et bim, le syndrome de l’imposture qui arrive !

Un jour, j’écrirais sur ce sujet, sur avoir envie de réussir et réussir, être ambitieuse et le dire. C’est un sujet dense et intéressant, à l’heure ou l’on valorise les start-up et l’entrepreneuriat, mais quand même, faudrait pas trop réussir, et surtout pas le crier trop fort. Et puis c’est bien de galèrer, hein, on est plus méritant ! Je suis très étonné comme à l’âge adulte, le syndrome du premier de la classe perdure. Personne n’aime jamais le premier de la classe, alors qu’il fait ce qu’il y a de mieux pour lui et son avenir. On dit aux enfants « travaille bien à l’école », mais s’il est premier en tout, il s’expose aux moqueries. Cherchez l’erreur.  

Ce soir là je vais donc au dodo la balance de la joie entre deux: heureuse, mais moralement, le doute s’est installé. Je me dit qu’une bonne nuit de sommeil, pas trop de remue-méninges et ça va aller !

À la semaine prochaine !

8 Comments

  1. Je découvre ton blog et surtout tes brèves du mercredi et je trouve ça super sympa ! Ça donne une dimension plus humaine à l’emission que, bien que j’adore la regarder, reste un concours télévisé et il est parfois dur de savoir ce qui se passe réellement dans la tente et c’est frustrant !

    Pour revenir à ta remarque sur ce syndrome premier de la classe etc, je tenais à te dire que c’est super agréable de voir à l’ecran Une nana motivée, qui est capable de dire qu’elle veut gagner, qu’elle veut le tablier bleu etc. J’ai tjs le sentiment et surtout pour les femmes, que c’est mal vu et mal interprété de le dire alors que non ! C’est même une bonne chose d’avoir de l’ambition et de la volonté !

    Bref tout ça pour te dire merci pour l’energie que tu transmets via la télé et merci pour la transparence dans ces billets !

    Belle continuation à toi 🙂
    Marie

    • MAIS YESSSSSSS ! merci de votre commentaire ! C’est aussi pour cela que j’ai créé mon blog, un espace libre de parole et sincère !

  2. Je viens de découvrir ton blog et j’en profite pour te féliciter pour ton parcours dans le meilleur pâtissier ! Je trouve tes idées géniales, tes gâteaux ont l’air délicieux et ça se voit que tu aimes faire ça, et que tu bosses pour y arriver !
    Evidemment il y a toujours des gens qui critiquerons pour nuire à quelqu’un qui réussi ou qui essaye de réaliser son rêve. La critique est constructive et on en a tous besoin, positive et négative, mais il faut qu’elle soit juste. C’est vrai qu’en France les gens ont tendance à critiquer et se moquer très facilement des autres sans penser aux conséquences de leurs paroles. Il y a tellement de choses à partager, découvrir que c’est fatiguant d’avoir des personnes comme ça toujours là pour noircir le tableau !
    En tout cas, merci à toi de nous faire partager ton parcours. Je te souhaite le meilleur pour la suite !

  3. Au top Rachel, tu as bien mérité ce tablier bleu une seconde fois !!!!! C’est fou de voir ta progression toute les semaines. Tu as toute tes chances d’être dans les finalistes, je t’y vois déjà ! Grâce à ton travail, ta concentration, ta créativité, l’écoute des remarques qu’on te fait. Tu es une bosseuse et ça se voit!!! Tu peux être fière de toi 💪🏼

  4. Bien Sur que tu l’as mérité !!! C’était toi au top sur toutes les épreuves cette semaine !
    Allez j’ai hâte de voir le prochain épisode ! J’espère que ce sera pas au tour de Gabriella de partir 🙁

  5. Voici pourquoi tu mérites le tablier bleu cette semaine :
    – tu as fait une parfaite revisite de la tarte aux fraises
    – tu finis deuxième pour l’épreuve de Mer cotte
    – tu abats un travail monstrueux pendant l’épreuve créative avec le challenge de faire tenir ton gâteau debout !!

    Donc même si d’autres candidats ont fait une belle/bonne épreuve créative, ils n’ont pas été dans les meilleurs à chaque épreuves, là est la différence !

    Tu es au top Rachel, j’espère que tu as gagné ^^ haha

  6. Rassure-toi le tablier bleu est bien mérité, n’en déplaise peut-être à certaines personnes!!! Nous suivons avec passion et précision (nous comptons les points, beau gâteau ou pas, bon ou pas) et hier soir nous avions pensé te décerner ce foutu tablier. Nous ne les goûtons mais nous avons quand même une bonne vue.
    Nous t’embrassons très fort, ne réfléchis pas trop non plus, assume d’être la meilleure. Arlette et Martine

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