La brève du Mercredi #6

C’est avec le tablier bleu que je commence cette semaine, et il me semble plus lourd que les autres.

La pression qu’il fait porter sur mes épaules n’est pas très agréable. J’essaie juste de me dire que si je l’ai eu, je peux tracer une belle route dans ce concours. J’ai compris beaucoup de choses en peu de temps (même si pour vous, à l’écran, ça fait des semaines, nous n’attaquons que notre 9 ième jour de tournage d’épreuve !). Les gâteaux renversés sont à l’honneur, c’est donc avec la tarte tatin que l’on ouvre le bal.

L’ambiance est particulière suite au départ de Sylvain, on prend tous du recul sur le concours, on relativise sur nos sautes d’humeur et sur le stress ambiant. On est tous très profondément choqués de son départ, et il nous manque déjà. Je rentre détachée sous la tente, j’ai cogité toute la nuit sur comment continuer sur la bonne voie dans ce concours, et sur comment mieux gérer mes émotions face aux imprévus. Sous la tente, et pour la première fois, il règne un silence incroyable pendant l’épreuve. Le départ de Sylvain nous a, sans aucun doute, tous fait redescendre sur terre et nous reconnecte avec la réalité.

Depuis le début du concours, on est tous très concentrés, très focus sur nos recettes, nos ratés, nos réussites, on est dans une bulle, la réalité extérieure n’existe que par nos contacts brefs avec nos proches et uniquement par téléphone. Autant dire, un monde lointain qui me parait parfois être un songe. Je vous avais un peu évoqué la bulle dans laquelle nous sommes placés: une nounou nous accompagne tout au long de la journée, nous dit à quelle heure on doit se lever, partir, manger, etc…Nous mangeons à des heures totalement décalées, nous n’avons pas le temps d’avoir des nouvelles de l’actualité. Une vraie bulle, qui occulte le rythme habituel de votre corps et toute logique temporelle. Nous sommes un peu comme dans un songe, nous nous laissons porter par cette aventure, au jour le jour. Alors quand Sylvain s’en va, c’est toute la réalité qui nous revient de plein fouet. Tout comme le jour où mon amoureux est venu me voir un week-end. Le revoir, en chair et en os, dans cet hôtel dans lequel je vis depuis des semaines en huit-clos, se sont deux mondes qui viennent s’entrechoquer, et le choc émotionnel est vif. Sylvain, si tu me lis, je te fais d’énormes bisous ! Big Up tonton Sylvain ! On fait tous la Holà pour Sylvain !

Passons au vif du sujet, trêve de trémollo, pour la tarte tatin, je me réfère à un souvenir très fort: la tarte à la clémentine du chef Alex Croquet. Chaque année, à Lille, dans sa boutique, quand c’est la saison des clémentines, le boulanger propose cette tarte fabuleuse où de très fines tranches de clémentines sont juxtaposées comme des pétales, et arrosées de beurre. Je décide de mélanger de l’ananas et de la mangue, que je découpe en fines lamelles rectangulaires. Mon idée ? Les faire cuire au four, et les arroser de beurre, de jus de citron et de vanille. Ça va « nourrir » les fruits pendant la cuisson. Au lieu de se dessécher, ils vont se gorger de ce jus gourmand, et si tout va bien, le résultat est délicieux. En deux heures, j’opte pour une pâte feuilletée rapide, pas d’autre choix. Cyril et Mercotte arrivent à mon plan de travail quand je suis en train de découper mes fruits et ils hallucinent sur le nombre de préparation que je m’impose : la découpe et cuisson des fruits, la pâte feuilletée, les tuiles de mangue, le caramel, et la crème chantilly. En deux heures ? Mais oui, je suis large !

Le stress du début du concours a disparu, la concentration est meilleure, et je prends beaucoup de plaisir. Les préparations s’enchaînent bien (sauf le moment où je m’aperçois que je me suis trompée de farine pour la pâte feuilletée, la boulette !! Je ne dis rien, pour éviter un interrogatoire de mon journaliste. He oui, j’ai appris ces dernières semaines, à me taire ! Quand je doute ou me trompe, motus et bouche cousue ! Cela évite qu’on passe un quart d’heure à me demander : « alors tu vas refaire ? Ça va aller ? Est-ce que tu vas avoir le temps ? Que vont penser Cyril et Mercotte de ton erreur ? ». Maintenant, les erreurs, je les intériorise ! ). Je sais juste que je n’ai pas le temps de recommencer, et que sans doute, le feuilletage sera moins au rendez-vous que prévu ! À la dégustation, c’est dans le mile ! Youpiii ! Mais c’est que ça marche, de mettre de soi dans ses gâteaux !

L’épreuve de Mercotte, incontournable, nous fera l’honneur de nous faire tester les pommes au riz ! L’épreuve n’est pas compliquée, mais on a tous en tête l’épreuve du riz impératrice, seule épreuve dont le classement avait été annulé lors du concours Le meilleur pâtissier. Je me dis donc, prudence, prudence ! Je suis la recette à la lettre et plus encore. Mercotte parle de lamelle de pommes ? Très bien, je fais des lamelles. Mercotte parle caramel blond ? Je fais blond, blond. Je mets 20 minutes au moins à découper mes pommes en fines lamelles et à les disposer bien régulièrement dans mon moule. Là, c’est là, que se joue souvent les épreuves de Mercotte. Être sûre de soi. Car alors que je vois tout le monde qui enfourne déjà ses pommes (donc sans doute découpées moins finement) je ne me détache pas de mon idée: Mercote a dit lamelles, il faut des lamelles, et à mon avis, elle les veut rangées au cordeau. Alors, si je suis la dernière à envoyer mes pommes au four, je reste sur ma ligne de conduite, car je sais que ce sont maintenant des détails qui vont nous départager.

Je m’attaque au riz au lait. Ça, je sais faire, mais le temps file, et je ne voudrais pas me retrouver avec une flaque ! J’hésite sur la cuisson, le riz me parait cuit, je le verse dans mon moule sur les pommes, et j’envoie au frais. Y’a plus qu’à attendre…

Ça se démoule plutôt bien, les lamelles sont bien dorées, le riz tient, ouf ! Mais quand je vois les autres pommes au riz, le doute m’envahit. Je vois que tous les autres ont des pommes bien plus foncées que moi, s’ensuit donc la plus longue conversation sur la couleur que devrait avoir nos pommes ! Comme on est deux à avoir des pommes blondes et que tous les autres ont des pommes plus foncées, on en déduit qu’on est deux à s’être trompés. Eh ben non !

Je finis troisième derrière Clément et Mathieu, car mon riz au lait n’est pas assez cuit, zut ! Je goûte celui de Clément, et holalala, comment c’est vraiment un délice ! Bravo Clément !

Dernière épreuve, je reste concentrée, car je me dis que je peux garder le tablier bleu ! Le thème des gâteaux renversés est assez…casse-gueule ! Je veux éviter l’utilisation de la pâte à sucre, et je vous le dis, dans ce genre d’épreuve, c’est un vrai casse-tête.

Je décide de fabriquer un support arc-en-ciel (oui, petite révélation, bien sûr que ce n’est pas la production qui nous met au hasard des socles et nous qui trouvons immédiatement une idée correspondant. Nous sommes au courant de cette épreuve depuis longtemps, et à chacun de fabriquer son support et de le ramener sur le tournage), et d’aller placer une licorne dans les nuages ! Bon, si à la maison cela m’avait semblé totalement faisable, je me rends compte que j’y suis allé un peu fort sur la pente que j’inflige à mon gâteau. Avec la chaleur, tout peut glisser et se faire la malle et tout simplement finir par terre ! En plus, je me lance dans une ganache montée à la vanille, pfffiou, mais quelle idée ! Une ganache montée sous la tente ? Le souvenir de la crème au beurre qui tranche s’est effacé bien vite dis-donc !

Mais pour être honnête avec vous, au moment où j’écris ce texte, j’ai un vide intersidéral quant à la réussite de cette ganache. Je crois me souvenir qu’elle était à deux doigts de trancher, ou alors elle a tranché et j’ai recommencé…Impossible de me souvenir ! Tout ce que je sais c’est que l’épreuve se déroule plutôt bien, que j’arrive à peu près à faire tous les détails dont j’avais envie, et que la chef Caroline Bourgeois (un gros bisous à toi si tu passes par là !) me complimente sur les couleurs de mon support et semble confiante. Cyril et Mercotte essayent de me mettre le doute sur « est-ce que je respecte bien le thème de l’épreuve ? » ! Mais je commence à connaître leur petit manège à ces deux fripons ! Je sais que leur rôle pendant les épreuves est de nous mettre le doute, réel ou télévisuel, à nous de jauger si on doit vraiment se remettre en question ou pas. Parfois, la mise en doute est sérieuse, parfois, c’est juste pour produire du suspens et de l’image. Cette fois-ci, je ne me pose pas de question, puisqu’il n’y a aucun moyen de faire machine arrière: le support est fabriqué, je ne peux rien changer.

Ma licorne tient dans les airs, ouf ! Je vous rassure, j’avais installé un système ingénieux pour décrocher le plateau sur lequel repose le gâteau, pour pouvoir le placer au frais en attendant la dégustation. Tiens, d’ailleurs c’est l’heure de déguster, je reçois beaucoup de compliments sur l’esthétique. Le gâteau est bon, je sais que je continuerai ma route dans le concours !

Viens le tour de Clément. Laissez-moi vous dire le moment d’émotion incroyable que nous avons tous vécu ce jour-là sous la tente. Clément a réalisé un Trianon sublime. Et lors de la dégustation, c’est une véritable émotion qui envahit Cyril, car c’est le premier gâteau qu’il a appris à faire. Celui de Clément est magnifiquement exécuté, et c’est un délice pur. Le discours de Cyril, peut-être apparaitra t-il un peu grandiloquent à l’écran, mais laissez-moi vous dire ce qui s’est passé pour nous tous. Depuis le début du concours, on voit notre super copain Clément qui galère avec ses glaçages, ses billes moléculaires, etc…Nous, de l’intérieur, on sait qu’en réalité, il maitrise son sujet. On a tous vu son blog, on sait de quoi il est capable. C’est juste que sous la tente, je vous l’assure, tout gagne en complexité de réalisation.  Alors quand on voit notre Clément qui arrive à nous faire un entremet sublime, on est juste ravie au plus profond de nous-même qu’il ai pu enfin montrer de quoi il est capable. On a tous vécu le difficile constat que sous la tente rien ne se passe comme prévu et que ce que l’on fait de beau et de propre à la maison, on peut l’oublier sous la tente. 

Voir un de nos copains réussir ce tour de magie, quel plaisir !

C’est comme cela qu’on a tous fini par pleurer à grosses larmes de crocodile, Cyril, Mercotte, les candidats, les caméramans, la régie…Ce jour-là, on a tous fini les yeux rouges de bonheur, et c’est avec une émotion toute particulière que je donne mon tablier bleu à Clément !

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