La brève du Mercredi #4

La semaine dernière, le tablier bleu n’était pas très loin (mais pas non plus sous la main), mais je sais qu’il me reste une grande marge de progression. Le rythme est encore très intense, je ne trouve pas encore le temps de réfléchir et d’assimiler les conseils.

Qu’à cela ne tienne, il faut y retourner, après un week-end reposant.

Tiens, d’ailleurs, personne ne vous a dit ce que l’on fait le week-end ? Alors bien sûr, on peut rentrer chez soi retrouver sa famille, si on le souhaite. Pour ma part, je ne voulais pas rentrer. La bulle dans laquelle on évolue est très particulière. Nous n’avons pas le temps de nous tenir au courant de l’actualité (en pleine période électorale !), nous n’avons que peu de temps pour échanger avec nos proches, et nous ne parlons que de pâtisserie. Mais vraiment que de ça. Parfois, nous rendons compte dans quelle obsession nous étions, nous essayions de changer de sujet. Je crois que notre record a été de 4 min et 15 secondes. Faut dire, mettez une dizaine de pâtissiers passionnés ensemble et ils réalisent le plus gros kiff de leur vie ! C’est un des aspect qui m’a le plus plu dans cette aventure. Partager ses recettes, ses façons de faire, quoi de mieux pour s’ouvrir l’esprit ? Avec Sylvain, on était un peu des fadas de ce genre de discussions. Sylvain, c’est un emblème de cette saison. Un passionné. Sylvain, est-ce que j’ai le droit de raconter que tu as pâtissé dans ta chambre d’hôtel ? Hehe, quand je vous dis qu’on est des cinglés ! Je me contentais de rester enfermé des heures à potasser mes livres de recettes. Je lisais les recettes, je les apprenais par coeur. Encore une fois, j’étais devenue une boulimique d’apprendre. Je me rendais compte de toutes mes lacunes et il n’y a rien de plus vexant de savoir ce dont on est capable et de stagner au niveau bof bof. Je le savais avant d’arriver, ma résistance à la fatigue et le stress sont mes pires ennemis.

Je vous rassure, les week-end étaient aussi des moments de très grandes rigolades. Avec la fatigue, les parties de Uno, Cranium et Molkky devenaient de véritables moments de fous rires et sont devenus des souvenirs d’anthologies. Tout cela, bien sûr, vous ne pouvez pas le deviner derrière l’écran, mais ses sont ces moments-là qui soudent le groupe. Ce sont aussi des moments où l’on travaille en petit groupe de copains, pour s’échanger des recettes, des conseils, des techniques. Et oui, c’est un concours, mais l’aspect humain et d’entraide est bien réel.

Bon, on papotte, on papotte, mais si on passait dans le feu de l’action ?

On commence cette semaine sur une thématique de biscuits. Donc, en toute logique, on attaque la semaine par une revisite de la charlotte. Pas hyper inspirée, je me réfère à mon seul souvenirs concernant une Charlotte, c’est celle que faisait ma maman quand j’étais petite.

Sans grande folie, je me lance dans une charlotte poire-cardamome, avec un aspect graphique. L’épreuve se passe bien, sans accroche, mais j’ai beau vider le pot de cardamome, le goût reste trop subtil. J’y vais mollo quand même en me disant que peut-être les parfums vont infuser un peu.

Le dressage se passe bien aussi, assez propre, mais j’ai peur que la forme de poire ne soit pas évidente. L’épreuve se finit, les dès sont jetés.

Lors de la dégustation, c’est mitigé: ce n’est pas mauvais, ce n’est pas excellent, c’est…on repassera ! Dans ma tête, c’est un déclic. Je goûte mon dessert et en effet, c’est d’une banalité affligeante. Je me rends compte que je suis une bonne technicienne, mais que je ne me penche pas assez sur la question des textures et de leurs accords avec le goût. Je croise les doigts pour ne pas être éliminée cette semaine pour mettre en application ce que je viens de comprendre: je dois m’affirmer, mettre ce que j’aime dans mes gâteaux.

On enchaîne avec l’épreuve de Mercotte.

Les Jaffa’s cake, un doux nom qui va vite se transformer en mal maléfique. Je les ai appelés les Jaffar’s cake, en référence au très méchant magicien d’Aladin. Maléfique cette épreuve ? Ho oui…

Pourtant, au début, ça roule incroyablement bien. Je comprends de suite à quoi doit ressembler ces petites gourmandises. Je lance ma génoise, je fais bien attention à ne pas trop la cuire pour avoir du moelleux, je lance la gelée, je fais fondre mon chocolat.

Mais une invitée surprise vient s’installer confortablement sur mes épaules, dans mon cerveau, au bout de mes mains. Vous ne la reconnaissez pas ? Mais si…Jeune parents qui venaient d’avoir un bébé, je suis sûre que vous voyez de quoi je parle.

Les autres ? Non, toujours pas ?

Mais LA FATIGUE EXTRÊME ! Cette peste qui ricane dans ton oreille et qui fait dévier les fils connecteurs de ton cerveau ! C’est elle ! Celle qui t’empêche de faire ce que tu sais que tu dois faire ! C’est elle !

Au moment de commencer à glacer les Jaffa’s cake, je me demande comment je vais m’y prendre. Je sais exactement comment je dois faire. Mais je n’y arrive pas. Je dis à mon journaliste « je sais ce que je dois faire, mais je ne peux pas. Je n’y arrive pas. Je veux rentrer. Je suis au bout de mes forces ».

Il faut pourtant continuer, et c’est dans un élan de « plus vite j’aurai terminé, plus vite le supplice cessera » que je balance mon chocolat sur mes biscuits. Les premiers sont pourtant réussis. Une dizaine est assez propre. Le reste, je les recouvre de chocolat tant bien que mal. J’empile tout sur l’assiette. Rachel 0-Jaffa’s cake 1.

Je termine, il me semble, avant-dernière et avec Sylvain, on a le plus gros fou rire de la journée. On est fatigué, on rigole de notre incapacité à avoir sorti ces biscuits.

La nuit tombe, le rideau se ferme, il est temps d’aller faire le plein de sommeil.

Le lendemain, l’épreuve tant redoutée de la construction en biscuit.

J’ai tiré au sort…Une girafe. Avec Leïla, on rigole beaucoup, tout en ne sachant pas comment on va se dépêtrer de ce défi.

Je dois construire une girafe en biscuit de plus de 40 cm de haut. C’est à la fois une épreuve que je vais adorer et à la fois, c’est quite ou double. Il faut que ça tienne debout, et une girafe, du haut de ces quatre pattes en brindilles, il va falloir que je ruse.

Je redessine alors une girafe, à ma façon. Mon métier d’illustratrice me sert incroyablement pendant cette épreuve: j’arrive à imaginer la répartition du poids, l’anatomie de ma girafe, son équilibre. Pour être sûre que l’équilibre soit bon, je la fais regarder vers l’arrière, sinon, je me doute qu’elle va basculer vers l’avant, car même si j’ai épaissi ces patounes, j’ai peu de prise au sol.

Je lance tous mes biscuits, c’est une véritable industrie. À de nombreuses reprises, je doute d’avoir le temps de finir, car je vois que j’ai beaucoup de pièces à cuire et je sais aussi que je dois me réserver plus d’une heure pour le montage. Malgré la chaleur sous la tente, je me lance dans le montage avec du chocolat. Jusqu’au dernier moment, j’ai hésité. Le caramel ? Très solide mais très sucré et s’il fait humide, il va fondre. La glace royale ? Très solide, ça ne fond pas, mais trop de sucre. Et comme je ne veux pas décevoir le jury et y aller avec mes convictions, BAM, chocolat !

Je vois ma girafe naître sous mes yeux, je la vois, petite mignonnette qui me fait les yeux doux.

Pomponette est née. Pomponette, ma douce, ma grande, va vite au frigo prendre un peu le froid, il ne faudrait pas que tu me fondes entre les doigts !

Et puis, n’oublions pas que lors de cette épreuve, c’est l’immense et incroyable Philippe Uracca qui est avec nous. Je suis rarement groupie, mais là, je dois avouer, je suis comme une gamine devant le Père-Noël. Cet homme est jovial, gentil, très très drôle. Quand il vient à mon plan de travail, il se demande comment elle va tenir cette girafe, mais je sens aussi dans son regard une grande confiance. Philippe Uracca, ce jour-là, vous m’avez enveloppé dans un cocon de confiance et de douceur.

La dégustation arrive et c’est un véritable moment de bonheur. C’est beau, c’est mignon, et c’est bon ! On retiendra un moment tellement drôle durant lequel Cyril, en charge de couper les gâteaux, n’ose pas lui couper le cou, à ma Pomponette ! Quand il se décide enfin, après 10 minutes, c’est une vague de « Hoooooo non, la pauvre » qui traverse la tente, mais je suis aux anges. J’ai réussi. Enfin. Parfois l’émotion se cache dans une girafe en biscuit.

Cette semaine imparfaite m’a fait comprendre ce que je devais faire. J’entrevoie comment je vais pouvoir, enfin, m’imposer dans ce concours.

À la semaine prochaine !

2 Comments

  1. Merci pour ce partage d’expérience ! hyper intéressant 🙂
    Je suis curieuse de savoir si vous avez le droit à quelques recettes sur le plateau ou est ce que vous devez absolument tout connaitre par coeur ??
    Merci !

    • Bonjour Amandine, bien sur, nous avons nos recettes avec nous, sinon, cela serait vraiment un enfer !

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