La brève du mercredi #2

La brève du mercredi #2

Quand j’apprends que je rejoins les 12 candidats pour cette aventure, je suis heureuse, mais heureuse !

Commence alors un marathon de l’entraînement. C’est sans doute ce que j’ai le plus aimé dans ce concours. Un jour on se dit « oui, j’ai un bon niveau en pâtisserie ». Puis le lendemain, vous commencez à envisager toutes les épreuves qui peuvent arriver, et là, on prend conscience de l’étendue de son ignorance. Ça tombe bien, j’adore apprendre et la liste de mes lacunes est longue. Je retourne acheter un nouveau livre de pâtisserie, cette fois-ci plus pour m’inspirer. Je me souviens d’avoir dit à ma meilleure amie en le regardant, « ça ne doit quand même pas être compliqué de sortir des desserts propres et bons, franchement, non ? ». Huhu, t’inquiète Rachou, tu auras la réponse dès que tu vas mettre un pied sous la tente, et ça va être bien salé !

Mon petit doigt me dit, avant que le concours commence, que ça va être une preuve très physique et très fatigante moralement. Je commence une cure de vitamine un mois avant le début du tournage, je m’occupe de tous les petits tracas de santé que je laisse traîner depuis quelque temps. Mon médecin me blinde : vitamines, homéopathie en prévention, et médicaments en cas de gros stress. Car je le sais, le stress va être mon pire ennemi durant ce concours. Je sors de mon rdv chez le médecin, avec l’impression d’un être coureur du Tour de France qui va se doper !

Le mardi 2 mai, je pars avec mon énorme valise, vers cette aventure inconnue. Quand je rejoins les candidats à l’hôtel, je me demande encore pourquoi je suis là. Tout le monde à l’air super à l’aise, rigole et parle fort, je vois Gabriella qui se marre avec un mec, et je me dis « Holalala, mais je ne suis pas du tout intégrable à ce groupe ! ». En fait, je reconnais plusieurs personnes et ça me colle des frissons dans le dos. Lors de la dernière étape du casting, on a croisé le groupe de l’après-midi qui venait passer, eux aussi, la dernière étape de sélection. Et parmi eux, comment l’oublier ou ne pas le voir, il y a avait Manu. Manu, il se pointe à un casting de pâtisserie avec …Une énorme doudoune blanche avec une encore plus énorme fourrure blanche. Genre Cruella d’enfer, sans le noir, mais avec la voix aiguë. Puis Manu, il est du genre à l’aise, pas du tout comme moi avec ma chemise en jean brodée de perle sur son col, fermée jusqu’en haut, genre cul-cul coinsouille. Remarque, entre perle et fourrure, y’a qu’un pas, mais on ne l’a pas fait tout de suite.

On part directement au château, pour découvrir le lieu de tournage et se familiariser avec la tente et le matériel. Commence pour moi des heures éprouvantes, on nous bombarde d’infos, tout le monde parle et est dissipé, il faut retenir une quantité astronomique de détails. Quand on entre sous la tente, je ne ressens pas d’émotions particulières, alors que les autres candidats ont l’air de vivre un rêve éveillé. Je les envie de se laisser porter par la magie du moment, mais à ce moment-là, je sais que je suis venue faire un concours de pâtisserie, pas de la télé. Mon cerveau se met en mode radar, je scanne la tente pour mémoriser la place de chaque objet (he oui, la plus grande difficulté, c’est que TOUT le matériel est caché dans le décor !).

S’enchaîneront de longues heures au château, et c’est tard dans la nuit que nous irons nous coucher, avant un réveil aux aurores, pour commencer la première journée de tournage.

Mercredi 3 mai. 06 h 00

Le matin de la première journée se vit comme dans une brume épaisse. On est déjà tous fatigué, le stress est complet. On se rend au château, et nous découvrons la temporalité particulière d’un tournage. On arrive très tôt, on nous pose les micros, on attend, on part faire les interviews du matin (histoire de prendre la température de notre moral, notre état d’esprit avant de commencer l’épreuve, nos craintes, nos joies…), on attend, on tourne l’entrée dans la tente, on attend, on recommence, on attend, on recommence, on attend, on la refait mais en partant de l’entrée de la tente, on attend dans la tente, on fait le faux départ « trois, deux, un, pâtisser ! », on attend… Et enfin on pâtisse pour de vrai !

Cette première épreuve, sur la tarte aux citrons, je suis heureuse de l’avoir pour commencer. C’est une recette que je connais, que j’aime, et je me dis, ça ne pouvait pas mieux tomber. Sauf que… Souvenez-vous, sous la tente, RIEN ne se passe jamais comme prévu.

Outre le stress de toutes ces nouveautés, le bruit qu’il y a sous la tente (imaginez-vous, les premières émissions, il y a 12 candidats, donc des plans de travail très rapprochés les uns des autres, un journaliste et un cameraman pour deux, plus des techniciens, plus Cyril et Mercotte, bref, on est facilement une quarantaine là-dessous, et tout ce petit monde parle fort, ça court partout, les batteurs tournent à plein régime, ça fait un bruit incroyable !), la journaliste me pose pleins de questions « qu’est ce que tu fais là, ça se passe bien ? Et pourquoi tu fais ça comme ça ? Tu l’as déjà fait ? Tu es contente d’être là ? Comment tu te sens ? Est-ce que les autres ont l’air d’avoir un bon niveau ? » HAAAAAAA au secours !! Quand je repense à mes entrainements peinarde dans ma cuisine, je suis comme E.T : maiiiiiissoooooooon !

Je commence néanmoins ma recette, et tout semble se dérouler à peu près correctement. Et… Arrive le moment où je dois faire la meringue. Une meringue, c’est ultra basique et simple : on met des blancs d’œufs dans un batteur, on fouette, et quand c’est un peu monté, hop, on verse du sucre. Voila. Basique. C’est donc toute guillerette que j’attaque cette fameuse meringue. Mais je ne connais pas le robot et comme on nous a bien bourrés le crâne la veille en nous disant que « si le matériel ne marche pas, c’est que c’est vous qui ne savez pas le faire fonctionner. », donc je ne m’inquiète pas trop quand je n’arrive pas à le faire démarrer.

Je réessaye, haaaa, il se met en route ! Ha ben non, il s’arrête. Je regarde autour de moi, TOUS les robots fonctionnent. Clément vient m’aider, je re-tente le coup. Le robot semble tout mou et vide d’énergie, comme moi au fur et à mesure que je réalise que je n’arrive pas à le faire fonctionner. Je panique totalement. Le temps file à toute vitesse, et je sais que ma meringue ne sera pas bien montée et qu’elle n’aura pas le temps de cuire. Je suis aussi en train de découvrir mon plus gros défaut; j’ai imaginé des desserts beaucoup, mais alors beaucoup trop compliqués, et le pire, c’est que je m’entête dans cette complexité. Au lieu de me dire, quand tout commence à déraper durant cette épreuve, que je ferais mieux de présenter ma tarte à plat et non pas à la verticale, non, non, je continue. Avec le recul, je me dis que j’ai fait tout l’inverse d’un bon designer.

Évidemment, je n’ai pas le temps de faire correctement la gelée de citron qui devait enrober la tarte, la meringue se ramollie. À la fin de l’épreuve, je vois mon dessert et je vois déjà ma valise à refaire et un billet de train retour pour Lille. Je suis littéralement anéantie, je pleure à n’en plus pouvoir. Leïla (qui me fait encore hyper peur tellement elle est impressionnante de calme) vient me consoler, Gaby aussi. Ce n’est pas une légende, sous la tente personne ne pleure jamais seul. Cependant, je sais qu’il reste encore deux épreuves, et que même si je dois partir à la première semaine, il me faut me remobiliser. Petit éclair de lucidité, je retourne sous la tente, je vérifie les robots des autres candidats, et… J’arrive à les faire fonctionner sans problème. Je retourne devant le mien, et je finis par comprendre que… Le bouton marche/arrêt/vitesse est en fait monté à l’envers. Et puis vous voulez savoir quelque chose de très drôle ? Devinez ce que tous les candidats ont dans leur matériel ? Un batteur électrique. Oui, oui ! Ça veut dire que tout le temps où je me suis battu avec mon p……de robot, je n’ai pas pensé une seule fois à utiliser mon batteur électrique pour monter la meringue. Avec le recul, je trouve ça vraiment trop drôle, ce que le stress ne nous fait pas faire !

L’épreuve de Mercotte arrive, et commence une histoire d’amour entre cette épreuve et moi. Comme la recette est véritablement une surprise, je me sens autorisé à échouer et c’est en toute décontraction que j’aborde cette épreuve. Et puis vu la catastrophe de l’épreuve précédente, je ne me donne pas d’autres choix que de réussir. C’est lors de cette première épreuve que je commence à saisir l’importance du mental pendant de ce concours. Le résultat des épreuves est énormément conditionné par l’état d’esprit du début. Quand je découvre la recette, je me sens rassurée : une génoise, une chantilly, rien de difficile. Le classement, où je finis 3 ième, est un véritable souffle d’air pour moi. La dégustation à l’aveugle par Cyril et Mercotte est une vraie partie de rigolade, Mercotte nous fait mourir de rire en exagérant son chipotage. Une rosace, Rachel, une rosace !  Je reprends mes esprits et ma confiance, et on va tous se coucher, rincés, vers 2 h 00 du matin.

Jeudi 04 mai. 06 h 00

Dernier jour de tournage, c’est parti pour l’épreuve créative ! Reboosté par ma 3 ième place la veille au soir, mes angoisses se sont dissipées, j’attaque l’épreuve assez en forme malgré la fatigue et les résidus de stress. C’est l’épreuve de la glace, je me lance dans un nougat glacé, et comble de la simplicité, une bulle en gélatine qui doit normalement sécher pendant une nuit. J’adore les idées un peu farfelues, et j’avais en tête de faire un gâteau représentant une boule à neige, il me fallait donc une boule transparente. Croyez-le ou pas, cela ne m’a pas traversé l’esprit une seule fois de simplement demander à la production de me fournir une boule en plastique. La simplicité, Rachel, la simplicité ! Car, si on regarde un peu l’épreuve, le temps et le stress que j’ai passé dans cette boule, qui ne se mange même pas, j’aurai pu la mettre à profit pour refaire de la glace et avoir un gâteau plus équilibré. Car pendant l’épreuve, je me rends compte que mon gâteau comportera trop de génoise et pas assez de glace. Avec le recul, je m’aperçois à quel point je peux être buté sur une idée, et ne pas voir les options plus simples. Mais j’étais dans un tel état d’esprit de donner le meilleur de moi-même, que les alternatives me semblaient souvent comme tricher.

Ce soir-là, c’est Cristina qui part. C’est absolument dingue, par ce que ça fait deux jours seulement qu’on est réunis, et je pleure quand elle part. Gabriella est à ce moment-là déjà en train de devenir ma grande copine. Si de l’extérieur les larmes, les amitiés qui se lient peuvent paraître exagérées, il faut imaginer que nous sommes véritablement propulsés dans une tempête d’émotions extrêmes, de fatigue, ou nous n’avons plus aucune notion de temps.

J’y reviendrai sans doute plus tard, sur cette perte de notion de temps, mais elle est très importante.

Cristina s’en va, et je me dis que je perds une très bonne copine de l’aventure. Il est tard, et c’est au alentour de 2 h 00 du matin que nous allons enfin nous coucher.

À la semaine prochaine ?

4 Comments

  1. Merci pour ce debriefing ! C’est sympa d’avoir l’envers du décors ! Et ça répond un peu aux questions et interrogations que j’avais pendant l’émission. Mais quelle idée cette boule en gélatine !!!! Franchement j’y croyais pas, et je trouve du coup que le résultat est top ! ça faisait un beau tableau.
    Et puis d’après Cyril, c’était bon !
    J’ai hâte de voir la suite !
    Biz

  2. J’adore avoir ta version des faits! Et puis ta façon d’écrire est aussi lumineuse et naturelle que tu l’est en vrai et j’ai l’impression d’être de retour à Lille à papoter autour d’un verre de pif. C’est chouette! En tous cas, sache qu’ici toute la famille est à fond avec toi. Lucie surtout n’en perd pas une miette (tu vas peut-être faire naître une vocation, qui sait?!)!

  3. Quand tu parle de idée fixe, ça me fait pensé à une personne 😉
    Mais ton 🎂 était très beau

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